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Shéana
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Un passé bien lourd
Nous sommes peu de choses... Hier, prince d'un royaume verdoyant ; demain, mendiant sous le porche humide d'une église. Les gens ne grandissent pas toujours. Il n'y a qu'une seule certitude : nous changeons.
Je me rappelle cette époque où je servais les Ténèbres. Je faisais partie d'une équipe de onze cavaliers ; messagers, convoyeurs, mercenaires, gardes, exécuteurs, tels étaient nos divers rôles pour la plus grande gloire de l'Ombre. La Guilde jarkatar : deux mots qui faisaient trembler les murs de Bagnot...
Pendant ces jours sombres, je ne demandais rien, j'obéissais, c'est tout. Avec pour seules perspectives le désir de survivre et l'ambition de ne plus avoir peur. La peur, il est vrai, a disparu peu à peu. Lorsque l'on voit mourir quelqu'un pour la première fois, on est bien content que ce soit lui plutôt que soi. Lorsque l'on donne la mort pour la première fois, deux sensations extrêmes et opposées coulent dans vos veines. Un immense sentiment de supériorité et un profond dégoût de soi-même. Le premier finit par passer, lui aussi ; le second, jamais.
A voir mourir des gens, un poignard dans le dos, les yeux exorbités par les effets secondaires du poison, les tripes expulsées par un sévère sortilège de Disruption, on finit par se sentir assez blindée. Sur l'instant, on ne ressent plus rien. C'est plus tard, la nuit, que le remord et les souffrances de l'âme viennent vous tarauder.
La mort entraîne la mort, rien d'autre. Von Köln m'a guérie de cela. Quelques semaines passées à ses côtés m'ont appris la compassion et le désir de ne plus vivre seule. Je me sentais sauvée, lavée de toutes les souillures dans lesquelles mes mains avaient trempées.
Sauf que, la souffrance, elle, ne m'a jamais quittée...
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Une vision jarkatar...